Complotisme…

Retour sur le webinaire du 9 mars dernier, au sujet du  complotisme.
Morceaux choisis, pour ceux qui préfèrent les mots aux vidéos* ! 

Il y a complot lorsqu’un petit groupe de gens puissants se coordonnent en secret pour planifier et entreprendre une action illégale et néfaste affectant particulièrement le cours des événements. Le complotisme ou le conspirationnisme c’est l’art de trouver des complots qui n’existent pas ou d’en créer pour toutes sortes de raisons ou d’intérêts.  

Le décor est planté !  Lors du webinaire CAEF du 9 mars 2021*, Aurélien Castelain explique non seulement ce qu’est le complotisme, comment il fonctionne, mais aussi pourquoi et en quoi cela concerne nos églises et leurs membres.  

Nous sommes tous des « théoriciens du complot » en puissance 

« Nous avons tous besoin de comprendre notre environnement (besoin épistémique), de nous y insérer sereinement (besoin existentiel) et de le partager (besoin social).  

Mon cerveau va donc se mettre à la recherche d’un ancrage cognitif, particulièrement lorsque je suis en état d’incertitude. 

Mécanisme logique naturel et parfois utile (en cas d’environnement hostile) qui peut nous pousser toutefoisà commettre des erreurs d’interprétation, des conclusions hâtives, pour analyser une situation et s’ancrermême si l’ancrage est absurde. C’est la loi de l’ancrage à tout prix. » 

Ces mécanismes cognitifs nous rendent particulièrement sensibles aux théories du complot, en effet : 

« Elles provoquent un sentiment de contrôle ce qui plaît à notre cerveau mais aussi de plaisir par « l’effet euristique » (eurêka ! Bon sang mais c’est bien sûr !)  

Tout se tient, ça rassure, ça flatte également, tout en rencontrant d’autres personnes gagnées à la théorie du complot,  formant ainsi un cercle social valorisant. » 

Aurélien Castelain détaille également les mécanismes internes au complotisme : 

« Les coïncidences ne sont jamais fortuites, elles ont valeur de preuves, elles révèlent des connexions cachées et permettent de fabriquer des modèles explicatifs des événements. 

Pour les théoriciens du complot, les actes isolés n’existent pas non plus, un fait va être systématiquement généralisé (inférences) » 

« Tout ce qui arrive dans la société, spécialement des choses telles que la guerre, le chômage, la pauvreté, la pénurie résultent directement de dessins d’individus, de groupes ethniques ou confessionnels ou de groupes puissants, « ceux d’en haut », les élites (croyance plus moderne). Bref, pour les complotistes, il y a toujours une « arrière-loge », la face cachée de ce que l’on voit. Les comportements de ceux qui sont pointés comme responsables sont toujours intentionnels (biais d’intentionnalité). C’est en fait un système trèsarchaïque basésur la recherche d’un bouc émissaire. »  

Le complotisme va chercher à :

1 – Dévoiler : attribuer un phénomène, un évènement, une catastrophe à des intentions cachées, des influences occultes afin de lui donner sens !

« Les personnes gagnées  au complotisme vont donc  élaborer tout un tas de preuves, de détails (mille feuilles argumentatifs) qui donnent une impression de précision voire de rigueurcomparativement aux récits officiels qui peuvent paraître pauvres à côté. » 

2 – Condamner (lynchage moderne) des responsables ou des coupables qui opèrent intentionnellement dans les coulisses de la scène historique.

Après avoir évoqué le danger pour la démocratie, mais aussi le fait que cela puisse être meurtrier (en ayant par exemple, des conséquences graves sur la santé  publique), Aurélien Castelain signale que les théoriciens du complot peuvent aussi installer une tyrannie, en occupant largement l’espace d’information numérique.


C’est aussi un d
anger pour et dans nos  églises

Et ce d’autant plus que nos milieux  évangéliques peuvent être « de bons clients », voire un terreau favorable pour toutes ces théories. 

« En effet, nous avons dans notre foi, la croyance d’un super méga complotréel, celui du mal qui influence l’air ambiant (Eph 2) qui égare les gens, qui se bat contre le bien et ses intérêts et rugit autour des enfants de Dieu pour savoir qui dévorer.  

Nous avons même un livre, celui de l’Apocalypse, qui dévoile pour les derniers temps un scénario diabolique avec une marque de la bête, un antéchrist, de la persécution etc…  Ces croyances ne sont bien sûr pas un problème en soi, mais elles nous rendent potentiellement sensibles aux théories du complot à cause de leur couleur/teneur souvent apocalyptique et de leur fantasme de la persécution. Cette sensibilité peut être d’ailleurs plus forte dans les communautés ou familles évangéliques  qui cultivent une certaine forme de fantasmes de la persécution, sautant sur tout ce qui pourrait valider un système théologique conduit parfois plus par la crainte, sous couvert de foi. » 

Nous sommes aussi des bons clients potentiels pour le complotisme parce que :

« Nous sommes héritiers de systèmes d’interprétations des textes bibliques (eschatologie) qui utilisent parfois les mêmes mécanismes biaisés que le complotisme. En effet, il n’est pas rare d’entendre dans nos milieuxdepuis longtempsdes scénarios/schémas àpartir de quelques versets oùtout  est dévoilé,oùle scénario de la fin, les tenants et les aboutissants, l’identification de la marque de la bête, les acteurs sont mis à la lumière, des méta-récits-apocalyptiques évangéliques hyper-rationalisés qui reçoivent, et c’est le problème, quasi le sceau de la vérité. Pas étonnant après que certains montrent une porosité aux théories sur la puce 5 G dans le vaccin contre la Covid ! » 

Ce qui est en jeu entre foi et thèses complotistes  :

« Croire  àla possibilitéde complots n’est pas un problème ! En tant que croyants ce qui devient un problème c’est de céder au complotisme, c’est à dire àun système dirigépar la peur (mais aussi la colère) qui me pousse à vouloir comprendre ce monde déstabilisant à tout prix, qu’il y ait un grand dévoilement, pour s’ancrer, se rassurer, avoir de la clarté, être consolé, quitte à céder àun modèle de pensée assez simpliste, fictif, mensonger, binaire, stigmatisant, arbitraire, pourvu que je sois satisfait dans mon besoin de sens. » 

« Pour éviter de se faire piéger par les citernes crevassées du conspirationnisme, face à la peur, émotion bien humaine, proclamons la souveraineté de Dieu. Bien des choses nous dépassent, nous interpellent, nous déstabilisent, mais le fait que le Seigneur tient tout dans sa main nous console, nous ancre quelque part, nous rassure, donne sens sans tout expliquer, ce qui nous évite normalement la tentation de chercher ancrage ailleurs et notamment dans les structures fictives du complotisme.  

Rappelons-nous que : « Notre Dieu est au ciel, Il fait tout ce qu’il veut. » – Ps 115 :3 » 

Pour éviter également de se faire piéger par des fonctionnements complotistes dans notre vision du monde, nos théologies : 

« Que nous puissions dans notre analyse faire preuve de lucidité sur nous-mêmes (inférences  fautes de raisonnements) et user donc de prudence dans nos recherches, nos paroles, en acceptant que, même si je cite des versets et que j’ai le St Esprit, beaucoup de mes interprétations ne restent que des présupposés pas souvent bien inspirés. Ne commettons pas l’erreur des contemporains de Jésus qui avaient un schéma tellement figé de la venue du messie qu’ils sont passés totalement à côté de la plaque. » 

Pour conclure son exposé, Aurélien Castelain nous invite à avancer non pas dans un désir de tout comprendre, de condamner, de juger, mais dans une vie renouveléesans naïveté, vivant de plus en plus sous l’éthique du Royaume pour briller dans ce monde ténébreux.  

« Ne mettons pas notre lampe sous le boisseau du complotisme qui est un faux évangile avec ses propres messies, sa propre conversion, sa propre rédemption, sa propre lumière, sa propre évangélisation. » 

 

*Retrouver la totalité de l’intervention d’Aurélien Castelain mais aussi celle de Jacques Nussbaumer sur « Comment évangéliser nos peurs ? », dans le cadre du webinaire du 9 mars 2021, sur la chaine You tube des CAEF : https://www.youtube.com/watch?v=MT4H8TfdXas&t=7s 

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